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Croatie,
entre amertume et fierté, les coeurs croates balancent
SAINT-DENIS, 9 juillet, 1998 - (AFP)

Pour une première participation à une phase finale de Coupe du monde, la Croatie a réalisé un véritable coup de maître en s'inclinant seulement en demi-finales, mercredi face à la France (2-1) à Saint-Denis, après avoir entretenu l'espoir jusqu'au bout.

"Nous sommes très fiers de notre résultat, mais nous avons l'impression que nous pouvions faire mieux", commentait le sélectionneur Miroslav Blazevic.

La Croatie avait entammé la compétition humblement, dans un groupe où, avec le Japon et la Jamaïque, elle était l'une des trois nations novices à ce niveau de compétition. La quatrième, l'Argentine déjà double-championne du monde, semblait hors d'atteinte.

"Notre objectif est d'atteindre les huitièmes de finale", déclarait en leitmotiv Blazevic depuis l'arrivée de la délégation sur le sol français.

Les Croates ne semblaient d'ailleurs pas concevoir d'amertume après la courte défaite (1-0) concédée face à l'Argentine en poule et qui ne remettait pas en cause la qualification pour les huitièmes. Le facétieux sélectionneur se montrait même satisfait. "Je ne peux pas être mécontent, ce résultat est même un succès pour la petite Croatie", déclarait-il à l'issue du match.

Mais avec Blazevic en maître d'oeuvre dans les coulisses et son capitaine Zvonimir Boban à la manoeuvre sur le terrain, la "petite Croatie" allait devenir grande.

Car si l'on savait la sélection croate truffée de talents comme Boban, Suker, Prosinecki, Asanovic, Stanic, Vlaovic pour ne citer qu'eux, on se posait des questions sur la capacité de ces vedettes au caractère bien trempé à jouer ensemble au nom d'un collectif.

C'est là que Blazevic a pris toute sa dimension. De coups de gueule en carresses, entre autoritarisme et paternalisme, il a insufflé à ses 22 joueurs son esprit battant et patriote, prouvant que chacun des mercenaires qui constituent cette équipe pouvait trouver la motivation nécessaire à défendre le maillot au damier rouge et blanc à l'existence toute récente.

Ainsi Aljosa Asanovic, au parcours en club chaotique, a-t-il confirmé sa propension à se transcender pour son pays en réalisant un Mondial époustouflant. Ainsi Davor Suker, après une saison difficile au Real Madrid où il a passé la majorité de son temps sur le banc des remplaçants, a-t-il, lui le Sukerman, apposé sa marque sur toutes les défenses rencontrées.

La Roumanie (1-0), puis surtout l'Allemagne (3-0) en ont fait la rude expérience. Imperturbable contre les Roumains lorsqu'il a fallu retirer un penalty, il a été intenable face aux Allemands, provoquant l'exclusion du jeune défenseur Woerns et du même coup le naufrage de la terrible Nationalmannschaft.

Jusqu'au gardien Drazen Ladic, que l'on annonçait comme le véritable point faible de l'armada, notamment après un match désastreux face au Danemark lors des qualifications, qui s'est montré impérial, sauvant son équipe à plusieurs reprises contre la Roumanie et l'Allemagne.

Le succès engendrant toujours plus d'espoir, la défaite en demi-finale est apparue comme un brusque réveil en plein rêve merveilleux, laissant, à chaud, comme un goût d'inachevé chez les Croates. D'autant que pour la majorité de ces joueurs qui ont débuté sous les couleurs de la Yougoslavie, France-98 annonce le crépuscule d'une carrière internationale historiquement hors du commun.


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