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France-Croatie
Thuram envoie la France en finale
SAINT-DENIS, 8 juillet, 1998 - (Reuters)

Un doublé du défenseur Lilian Thuram en seconde période a ouvert mercredi à la France la voie vers une finale historique face au Brésil au Stade de France.

En battant la Croatie 2-1 au terme d'un match d'abord insipide puis haletant et dramatique, les Français réussissent un exploit sans précédent.

Demi-finaliste en 1958, 1982 et 1986, l'équipe de France, soutenue par son public, accède à une finale qui semblait devoir lui échapper éternellement.

Mais si la joie, après cinq minutes d'arrêts de jeu, fut intense, elle tarda longtemps à s'élever dans le ciel sombre de Saint-Denis, les Français sortant victorieux d'une seconde mi-temps digne des matches de Séville et de Guadalajara.

Rien ne laissait pourtant prévoir un tel scénario à la lecture de la feuille de match.

Aimé Jacquet avait opté pour une équipe sans changement, avec trois récupérateurs, et logiquement la France effectuait un début de rencontre aussi prometteur que face à l'Italie en quart de finale.

Vainqueurs de la bataille du milieu de terrain, les Français se montraient même plus entreprenants, tentant leur chance de loin (Zidane 3e et 40e, Deschamps 14e) face à une défense croate aussi solide que le catenaccio italien.

Totalement dominés, les hommes de Miroslav Blazevic n'étaient pourtant jamais vraiment inquiétés et l'impatience gagnait pour ce match attendu depuis près de 20 ans par tout un peuple.

Jetant dans la bataille son joker Thierry Henry (30e), entré à la place de Christian Karembeu, diminué, Jacquet tentait un "coup" mais il ne parvenait qu'à désorganiser complètement son schéma défensif.

Les Croates, qui avaient jusqu'alors défendu, confirmaient qu'ils étaient de redoutables attaquants, dotés d'une technique et d'une vitesse exceptionnelles.

Blanc privé de finale

L'ancien Montpelliérain Aljosa Asanovic manquait l'occasion la plus franche en tirant de peu à côté du poteau gauche de Fabien Barthez à la 35e.

Les Français, après avoir été conquérants, regagnaient les vestiaires suivis par le spectre de nouvelles prolongations et les sifflets de supporters mécontents du spectacle.

Ils avaient raison, le meilleur était à venir.

Dès la reprise, le buteur madrilène Davor Suker, servi par Asanovic, partait dans le dos de la défense française pour tromper Barthez à bout portant après 29 secondes en deuxième période.

La consternation remplissait le Stade de France. Mais cela ne durait pas plus d'une minute.

Sur l'engagement, les Français se ruaient à l'assaut et sur une remise lumineuse de Youri Djorkaeff, Lilian Thuram, monté prêter main forte à ses attaquants, répondait à Suker et battait Ladic.

Tout était à refaire et le spectacle commençait.

La partie s'équilibrait peu à peu et les Français, poussés par la clameur, continuaient de chercher la faille. En vain.

Il fallait une nouvelle montée rageuse de Thuram, un relais avec Thierry Henry, un ballon arraché au pied de Stimac et une frappe enveloppée du gauche pour que cette clameur se transforme un hurlement de victoire (70e).

La France, qui n'avait encaissé que deux buts en six matches, se disait alors que la finale lui était ouverte mais pour que la tragédie soit complète, un martyr était nécessaire à cette demi-finale.

Il avait pour nom Laurent Blanc, expulsé à un quart d'heure de la fin pour avoir donné une gifle à Slaven Bilic, et sévérement privé de finale pour ce geste inutile.

La rencontre se transformait alors en long calvaire pour les hommes d'Aimé Jacquet, Franck Leboeuf remplaçant Youri Djorkaeff pour assurer le résultat.

Mais au bout de leur peine et après deux sauvetages de Barthez, les Bleus entraient dans l'Histoire.


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